Témoignages

Naissances à la maison

Ma première grossesse, naissance de Pierre en sept. 2009

Nous désirions un enfant depuis quelques mois. J’étais au Mexique chez une amie lorsque j’ai eu de très fortes nausées. J’ai d’abord cru que j’avais attrapé un parasite mais d’autres signes m’ont alertée et, à mon retour, j’ai fait un test positif. Nous étions vraiment très heureux. Durant les 6 premiers mois, j’ai eu beaucoup de nausées et de vomissements. Par contre, j’ai toujours été très en forme, nous avons toujours fait des balades en montagne jusqu’à l’accouchement. J’avais un contrat à durée déterminée jusqu’à fin juillet 2009, et j’ai rapidement décidé de ne pas retravailler à temps plein après la naissance.

J’ai eu beaucoup de peine avec ces nausées. Beaucoup de personnes (du milieu médical ou non) m’ont fait part de leurs commentaires. La plupart tournaient autour du fait que l’on ne veut pas ce bébé inconsciemment… ce qui n’était vraiment pas mon cas !! Je souhaitais vraiment avoir un enfant, consciemment et inconsciemment. J’ai trouvé une explication scientifique sur le mélange des gènes : apparemment si les gènes du papa et de la maman sont très différents, le bébé aura beaucoup de chances d’avoir un patrimoine génétique incommodant pour la maman. Ce qui signifie que le corps de la maman aura beaucoup de peine à s’habituer à la présence de l’enfant, comme pour une greffe, d’où les nausées…Mais toutes ces réflexions sont quand même très culpabilisantes, je trouve…

Nous avons déménagé 4 mois avant la naissance et j’ai passé un magnifique été dans la nature, cela a beaucoup contribué à la sérénité de la fin de ma grossesse. Pour le suivi médical, j’ai toujours voulu être suivie par une même personne pour avant, pendant et après la naissance, j’ai aussi voulu accoucher à la maison. Mon mari m’a toujours soutenue dans mes choix. Nous avons donc rencontré en mars notre sage-femme, avec qui nous avons tout de suite eu une très bonne relation. Nous avons fait 2 échographies (à 13 SA et à 22 SA) et un test pour la toxoplasmose, mais nous avons refusé les prises de sang tous les mois. Nous avons aussi fait le test du Strepto B en fin de grossesse, tout en sachant que si il avait été positif, nous n’aurions pas pris d’antibiotiques, mais cela nous semblait utile pour optimiser la surveillance du bébé à la naissance.

En ce qui concerne la préparation à la naissance, nous avions choisi l’haptonomie chez une sage-femme. Nous avons fait 5 séances pendant la grossesse (1 par mois dès le 4ème mois) et une après la naissance. Pour ma part, avec le recul, je n’ai pas trouvé très utile cette préparation à la naissance au moment de l’accouchement. Par contre, mon mari a beaucoup aimé. Cela lui a permis de trouver sa place aisément, il a tout de suite su faire des mouvements qui me soulageaient et nous avons eu un magnifique moment de communion à deux durant le travail. Pour moi, ce qui m’a manqué est un vrai travail anatomique, au niveau de la sensation des muscles et des ligaments qui travaillent pendant la grossesse, ainsi qu’au moment de l’accouchement.

Durant ma grossesse, je n’ai pas ressenti le besoin de faire une préparation classique à la naissance, car je savais que j’allais accoucher à la maison et sans péridurale. Par contre, j’avais aussi ressenti le besoin de me faire aider pour l’accouchement par une acupunctrice pour gérer au mieux la douleur sur la durée. C’était une amie de ma maman que je connais bien, qui a récemment fait une formation de médecine chinoise spécifiquement pour la gynécologie et l’accouchement. Elle n’avait jamais assisté à un accouchement (en dehors de ses deux enfants adultes maintenant), mais avait accepté de venir à la maison pour notre accouchement. La sage-femme et cette amie se sont rencontrées une fois avant l’accouchement.

Le jour du terme, j’ai été faire une balade de deux heures avec une bonne montée mais rien n’y a fait, les contractions ne se sont pas déclenchées… Par contre 4 jours plus tard en fin d’après-midi, j’ai tout de suite su que c’était l’accouchement qui démarrait. J’ai envoyé mon mari faire des courses pour quelques jours, pendant que je me faisais à l’idée que la naissance allait bientôt arriver. Les contractions se sont intensifiées petit à petit, et à 20h00 nous avons appelé la sage-femme qui est venue une heure plus tard, avec l’acupunctrice. J’ai été très contente de les voir arriver, j’avais déjà bien mal mais je n’étais pas encore dans ma bulle… A 22h00 il y a eu un tournant, depuis ce moment je ne me rappelle plus de grand-chose, seulement des flashs. Vers minuit, j’ai été prendre un bain car la dilatation stagnait depuis un moment… Je me rappelle que je ne voulais pas aller dans le bain, j’étais bien avec mon mari dans le salon et on gérait tranquillement les contractions…

C’était probablement le premier plateau de stagnation de la dilatation, mais sur le moment, je n’ai pas su l’identifier, je n’avais pourtant pas l’impression que le bébé allait mal, mais apparemment il ne supportait déjà pas trop bien les contractions à ce moment-là. A la sortie du bain, la poche des eaux s’est rompue et à partir de là, les contractions se sont beaucoup intensifiées, et la douleur aussi. Selon le volume de mes râles, il parait que l’acupuncture était assez efficace, mais je ne me rappelle plus vraiment de la différence. La dilatation a été complète vers 2h00 du matin et à partir de ce moment, ça a été vraiment pénible.

Pendant toute l’expulsion, je n’ai jamais ressenti l’envie de pousser. Je crois que cela a été la plus grosse frustration de cet accouchement. Au bout d’une heure, le cœur du bébé avait beaucoup de peine à revenir à un rythme normal après les contractions, la sage-femme commençait vraiment à s’inquiéter. J’essayais de l’aider à descendre mais, avec la douleur, j’avais vraiment de la peine à garder contact avec le bébé et mes sensations. J’étais aussi très fatiguée. Avec le recul, je pense que j’aurais vraiment eu besoin de ce plateau avec l’arrêt de la dilatation pour récupérer et me reposer, pour attaquer cette deuxième phase. La fin de l’accouchement a été totalement dirigée, j’ai dû me mettre couchée sur le côté gauche et ne pousser qu’une contraction sur 2 pour que le bébé récupère plus facilement. Dans cette position, je me suis sentie totalement vulnérable et sous contrôle, je ne pouvais plus rien décider.

A un moment, la sage-femme a dit qu’il fallait aller à l’hôpital, que le bébé était vraiment maintenant en danger, et là, j’ai tout donné comme énergie et violence pour qu’il sorte enfin, la tête est sortie… La sage-femme n’a pas pu passer le cordon sur sa tête (il avait une circulaire très serrée et qui le maintenait en haut), elle a dû s’y reprendre à deux fois pour couper le cordon qui était très épais et solide. Les pinces de clampage n’ont pas tenu… Après le reste du corps est enfin sorti, avec le soulagement qui l’accompagne. Pierre a eu beaucoup de peine à respirer, on peut le comprendre, il faisait des bruits bizarres, mais été tout bien réveillé quoique secoué quand même. J’ai pu tout le long l’avoir sur moi, mais je ne le voyais pas. Je n’ai pas non plus de souvenir du premier regard… J’ai le souvenir d’une sensation de fatigue extrême avec beaucoup d’anxiété et de culpabilité de ne pas avoir réussi et qu’il ait autant de peine à s’adapter.

Les jours suivants ont été merveilleux, nous étions dans notre petit cocon, à trois, avec du temps pour se découvrir, mon mari avait 3 semaines de vacances… L’allaitement a eu un peu de peine à démarrer, Pierre ne tétait pas très bien, on sentait qu’il était très fatigué et éprouvé de cette naissance. Plus tard, Quand Pierre avait 18 mois, nous sommes allés voir une kinésiologie et elle nous a confirmé que Pierre s’était senti pas bien accueilli lors de sa naissance. J’ai pu lui expliquer ce qui s’était passé… La culpabilité que je ressentais s’est petit à petit amoindrie, et maintenant, je suis très reconnaissante d’avoir pu vivre cet accouchement à la maison.

Ma deuxième grossesse, naissance de Marie en janv. 2011

J’ai eu un début de retour de couches fin janvier, en allaitant à 100%. Nous souhaitions un deuxième enfant. Je suis tombée enceinte fin avril et j’ai fait un test positif le jour de mon anniversaire, 7 mois après la naissance de Pierre. La naissance à la maison a tout de suite été une évidence, et nous avons fait le même suivi médical que pour Pierre, avec la même sage-femme.

Par contre, j’ai rapidement choisi de me préparer différemment à cette naissance, j’avais besoin de mieux connaître mes ressources corporelles pour pouvoir entrer différemment dans l’accouchement. J’avais aussi besoin de mieux connaître le processus de l’accouchement physiologique et ce qui peut se passer. Un livre m’a beaucoup aidé : Je vais accoucher et j’ai peur de la douleur, De M. Trélaun. J’ai trouvé dans ce livre une très bonne description de ce que j’avais vécu pour l’accouchement de Pierre, et aussi certaines explications physiologiques à certains éléments qui selon la sage-femme étaient plutôt hors de la physiologie selon les protocoles. Cela m’a beaucoup rassuré.

La préparation à la naissance avec le yoga s’est fait avec une enseignante issue de l’école de yoga d’Evian (Martine Texier). J’ai fait 13 séances entre 22 SA et 37 SA, et cela m’a vraiment beaucoup aidée. D’une part, cela a été plus facile de vivre la grossesse, avec les petits désagréments, pour rétablir une bonne posture, surtout en ayant un petit à s’occuper en même temps. Et aussi pour l’accouchement, on apprend d’abord l’anatomie d’une façon approfondie (périnée, bassin, ligaments, bas ventre) et la fonction de chaque muscle ainsi que les possibilités de mouvement de chaque partie. Après, avec la visualisation, on fait des exercices musculaires pour contracter telle ou telle partie du périnée. Les contractions ne doivent pas être fortes mais précises dans la localisation des muscles. L’autre partie de l’approche est la respiration, en particulier la respiration de la vague qui m’a beaucoup aidée lors de l’accouchement. Je me rappelle qu’au moment des séances, cela me faisait du bien, mais je ne voyais pas l’utilité profonde de cette respiration, mais j’ai changé d’avis au moment des contractions …

Le jour du terme, nous avons été faire une grande balade dans la neige, le soir vers 22h00 j’ai commencé à avoir des contractions douloureuses mais espacées… Vers 3h00, je me suis levée car je ne pouvais pas dormir, et les contractions se sont arrêtées. C’était un épisode de faux-travail. 4jours après, j’ai de nouveau eu des contractions vers 22h00. A minuit, je me suis levée pour aller faire un feu et pour changer un peu de position. Cette fois, les contractions ne se sont pas arrêtées… A une heure, j’ai réveillé mon mari qui dormait, en lui disant que les contractions étaient tout de même assez douloureuses…

On a finalement téléphoné à la sage-femme et elle est venue vers 2h00. Entre temps, on avait fait un bon feu et je me tenais près du poêle pour me réchauffer, en faisant des mouvements d’infini avec le bassin, comme on l’avait appris au yoga. Pendant les contractions, j’ai beaucoup utilisé le ballon de grossesse et la fameuse respiration de la vague. La sage-femme m’a ausculté une fois et à 3h00, Marie est née, en trois poussées. Cette fois, j’ai vraiment bien senti l’envie de pousser, ce sentiment irrépressible… La naissance a été merveilleuse, j’ai eu un sentiment de joie intense à la naissance du bébé, on l’a gardée entre mes jambes dans mes bras pendant quelques minutes près du feu pour la réchauffer. Je me rappelle très bien le premier regard, ces yeux profonds qui disent tellement de choses de notre passé … Puis on a enfin regardé si c’était une fille ou un garçon. Elle allait très bien et était toute réveillée, elle a tout de suite trouvé le sein et très bien su tété. Après deux heures, elle s’est endormie paisiblement sur moi.

Les jours suivants ont été très bien, nous n’avions plus l’appréhension des premiers temps avec un petit bébé comme dans le cas d’une première grossesse. Pierre a très bien accepté sa sœur, il dormait pendant tout le temps de l’accouchement et s’est réveillé au petit matin tout content de voir le bébé. Son quotidien n’a pas été chamboulé, même qu’après quelques jours, j’étais contente de pouvoir me remettre par terre avec lui. J’ai trouvé pour ma part la fin de grossesse beaucoup plus pénible comparé au premier mois avec deux petits enfants.

L’accouchement de Marie a été une révélation sur plein d’aspects de l’accouchement, surtout pour la poussée. Par contre, j’ai encore beaucoup de questionnement sur la douleur. Pendant 2 heures, j’ai vraiment eu des douleurs intenses, que je savais pouvoir traverser… Je me souviens d’avoir crié que ça fait mal, j’étais beaucoup dans le « non », alors que pour diminuer la douleur des contractions, je sais maintenant qu’il aurait fallu être dans le « oui »… cette réflexion sera pour moi le prochain pas à faire pour un prochain accouchement…

 

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