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Doit-on diminuer le nombre de césariennes ? Deruelle, Philippe dans le Figaro, le 23.01.2015

PAROLE D’EXPERT- Le professeur Deruelle, praticien à la maternité Jeanne-de-Flandre,  CHRU de Lille et secrétaire  général du CNGOF explique pourquoi il est souhaitable de diminuer le taux de césarienne en France.

Après une forte augmentation, le taux de césariennes reste relativement stable dans notre pays, aux alentours de 20 %, avec néanmoins de fortes disparités suivant les maternités. La baisse du nombre d’accouchements par césariennedans les établissements où les taux sont les plus élevés doit être une priorité. Quelle est la proportion d’accouchements par césarienne dans notre pays?

Le taux de césariennes a augmenté progressivement depuis les années 1960 ; dans les années 1990, cette augmentation a été particulièrement forte, mais, depuis 2004-2005, le taux reste relativement stable, à environ 20 %, avec cependant une forte disparité suivant les maternités. Les croyances selon lesquelles la césarienne serait plus facile et moins risquée qu’un accouchement par voie basse expliquent que certains obstétriciens optent plus facilement pour cette intervention. Néanmoins, nous avons en France un taux de césariennes relativement bas par rapport à d’autres pays comme la Grande-Bretagne ou les États-Unis.

Pourquoi vouloir diminuer  le pourcentage d’accouchements par césarienne? La césarienne n’est pas une intervention anodine, ni pour la mère ni pour l’enfant. L’idée selon laquelle la césarienne diminuerait la mortalité et la morbidité néonatales est erronée, comme le montrent les données de pays tels que la Finlande où le taux de césariennes est particulièrement bas avec une mortalité néonatale faible. Autre exemple: aux États-Unis, le taux de césariennes est 4 fois plus élevé qu’en Irlande, mais la mortalité périnatale est comparable dans ces deux pays.

Quels sont les risques  pour le bébé?

Pour l’enfant, contrairement aux idées reçues, le stress du passage dans les voies génitales maternelles est utile, car il permet une meilleure adaptation à la vie extra-utérine. Les enfants nés par les voies naturelles ont ainsi moins de risque de difficultés respiratoires que ceux nés par césarienne. De plus, les chances de mettre en place un allaitement maternel sont meilleures après un accouchement par voie basse qu’après une césarienne. En outre, on suspecte que l’opération pourrait avoir des conséquences à long terme sur la santé de l’enfant, notamment une augmentation du risque d’obésité, de diabète, d’asthme et de maladies inflammatoires de l’intestin. Ce qui s’expliquerait par des différences au niveau du microbiote intestinal.

Et pour la mère?

La césarienne comme toute intervention chirurgicale n’est pas anodine. Elle augmente notamment le risque infectieux, le risque hémorragique ainsi que le risque de phlébite. Globalement, elle augmente la mortalité maternelle. De plus, si une première césarienne sur un abdomen indemne de cicatrice est le plus souvent simple, la multiplication des césariennes accroît le risque de plaies et de complications au cours de l’intervention.

Comment diminuer au maximum les césariennes?

Il faut d’abord bien informer les femmes dès le début de leur grossesse pour que la césarienne programmée ne soit pas considérée comme une option de confort sans risque et surtout éviter d’envisager sans raison valable ce mode d’accouchement. Au moment de l’accouchement, il a été montré que la présence du père au côté de sa compagne diminue le taux de césarienne en urgence. Sur le plan obstétrical, des efforts doivent être menés pour diminuer le pourcentage de césariennes pour siège, tout d’abord en proposant une version par manœuvre externe, technique qui vise à replacer le fœtus en position tête en bas. Cette manœuvre est efficace 6 fois sur 10 chez les multipares, un peu moins chez les primipares, environ dans 3 à 4 cas sur 10. La césarienne ne doit plus être systématique en cas de siège ; or, actuellement dans notre pays, elle est faite dans 75 % des cas, mais, dans certains centres, ce pourcentage a baissé de façon importante, à environ 50 %.

Pour diminuer le recours à la césarienne en urgence pour anomalies du rythme cardiaque fœtal, il est aujourd’hui possible de mieux évaluer le niveau d’oxygénation du bébé et donc la nécessité d’interrompre la progression de l’accouchement par voie basse. Toujours au moment de l’accouchement, un deuxième avis permet dans un certain nombre de cas de renoncer à la césarienne. Mais cette mesure est très difficile à mettre en œuvre en pratique…

Comment expliquer les différences entre les maternités?

Les facteurs explicatifs sont assez mal connus. Des maternités ayant des caractéristiques strictement similaires ont des taux de césariennes diamétralement opposés. Il faut donc comprendre ce qui se passe dans les maternités qui ont les taux les plus importants pour mettre en œuvre des mesures adaptées. En effet, on ne peut admettre une telle inégalité de prise en charge des femmes enceintes sur notre territoire. Un travail mené par la Haute autorité de santé et le ministère de la Santé vise à analyser les pratiques autour de la césarienne programmée à terme et pourra, au moins en partie, répondre à cette question cruciale.

 Peut-on estimer le taux «idéal» qu’il faudrait atteindre? Dans un rapport publié en 1997, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommandait des taux de césariennes inférieurs à 15 %. Un certain nombre de pays comme l’Irlande ou la Suède ont des taux compris entre 10 et 15 %, avec une mortalité périnatale faible, on peut donc estimer que ce pourcentage est un objectif raisonnable. LA RÉDACTION VOUS CONSEILLE: 25 000 césariennes évitables chaque année en France  EN SAVOIR PLUS-Césarienne, qu’est-ce-que c’est?  …

Lire la suite http://sante.lefigaro.fr/actualite/2015/01/23/23292-doit-on-diminuer-nombre-cesariennes

Note de l’association Naît-Sens: Ina May Gaskin, célèbre sage-femme américaine, a publié en 2012 dans son livre « Le guide de la naissance naturelle, retrouver le pouvoir de son corps » les statistiques des 2844 accouchements de sa pratique en 40 ans d’accompagnement d’accouchement à domicile dans sa communauté, the Farm. Elle recense un taux de 1,7% de césarienne, aucun décès maternel et 4 décès décès de bébés dans la période périnatale. 17 pairs de jumeaux sont nés à domicile, tous par voie basse, ainsi que le 3,5% des bébés qui se présentaient par le siège. Le taux d’allaitement a été de 100% et le taux de dépression post-partum de 1%.

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